Liens de partage

Bassin Adour-Garonne

« Le lien entre agriculture et eau est fondamental et permanent. »

#143

Interview de Franck Laborde, Vice-Président du Conseil d’administration de l’Agence de l’eau Adour-Garonne, Président de l’Association générale des producteurs de maïs

Pour commencer, pourriez-vous vous présenter et revenir sur votre parcours ?

Je suis agriculteur sur une exploitation d’environ 140 hectares, que je partage avec mon frère, à Préchacq-Navarrenx. C’est une ferme familiale qui existe depuis quatre générations. Nous employons un salarié, ce qui représente 3 UTH pour 140 hectares. Nous sommes également irrigants sur une cinquantaine d’hectares et copropriétaires d’un méthaniseur, en partenariat avec quatorze autres exploitants du secteur.  

Très jeune, je me suis engagé dans des responsabilités professionnelles à caractère économique. J’ai été administrateur d’une coopérative agricole, puis vice-président pendant une dizaine d’années de la coopérative Lur Berri, basée dans les Pyrénées-Atlantiques, où j’avais la responsabilité des productions végétales.  

Mon parcours est un peu atypique : je suis entré dans le syndicalisme après m’être d’abord investi dans le secteur économique. À mon départ de la coopérative, j’étais déjà administrateur de l’association générale des producteurs de maïs (AGPM). J’en suis aujourd’hui le président et, depuis mars 2023, je suis membre du bureau de la FNSEA en charge des risques climatiques. C’est dans ce cadre que la question de l’eau s’est imposée à moi et m’a conduit à m’engager également au niveau local, pour rester ancré dans les réalités du terrain.  

Quels sont, selon vous, les principaux liens entre l’eau et l’agriculture, et comment ces liens évoluent-ils ?  

Il y a une vérité simple : sans eau et sans nutriments, il n’y a pas d’agriculture. L’eau est une ressource vitale pour produire. On peut compter sur la pluie, mais il est parfois nécessaire de la maîtriser, de la gérer, et d’agir pour qu’elle soit disponible et utilisée de la manière la plus efficace possible.  

Le lien entre agriculture et eau est fondamental et permanent.  

En revanche, ce qui évolue, et même de façon très marquée, c’est la disponibilité de l’eau particulièrement au moment où on en a besoin et cela ne concerne pas seulement l’agriculture, mais tous les usages de l’eau.  

La vraie question, à mes yeux, est la suivante : serons-nous capables, par nos actions de gestion de l’eau et par une meilleure efficacité de nos usages, de garantir suffisamment d’eau pour tous les besoins — y compris ceux du milieu naturel ?  C’est à partir de cette question qu’il faut identifier les bons leviers d’action et les mesures à accompagner.  

Quels sont selon vous, les enjeux pour l'avenir ?

La qualité de l’eau est aussi déterminante que la quantité. Il nous faut préserver une eau compatible avec tous les usages, y compris les besoins du milieu naturel, tout en permettant aux territoires de maintenir leurs activités économiques. Dans de nombreux territoires ruraux du bassin Adour-Garonne, l’agriculture, l’artisanat et les petites entreprises forment un tissu économique pour lequel l’eau reste indispensable. Je prends un exemple : dans le département des Landes, le premier employeur privé est une coopérative agricole. Sans agriculture, cette coopérative et les emplois qu’elle génère, disparaîtrait. Cela montre bien l’importance du secteur agricole dans l’économie locale.  

Un autre point majeur pour l’avenir, à mes yeux, est la nécessité d’adopter une approche véritablement transversale. La loi fixe clairement la priorité absolue : l’eau potable. Tous les autres usages, qu’ils soient agricoles, industriels, économiques ou environnementaux viennent ensuite.  

Penser la gestion de l’eau sur un territoire implique de considérer tous les usages et toutes les solutions sans les opposer : il faut le dire clairement, le stockage est notamment une des solutions qui nous sera nécessaire. Si certains ouvrages peuvent être dédiés à un usage particulier, la réflexion doit rester globale. Chaque usage doit être pris en compte avec le même niveau d’attention. C’est la condition pour construire de vraies solutions partagées, comme celles que porte l’Agence de l’eau à travers les projets multi-usages. Sinon, nous risquons de commettre des erreurs et nous perdrons l’adhésion de toutes les composantes de notre société, l’acceptabilité sociale de nos projets.  

Imaginons que nous ne nous préoccupions que des usages économiques : à juste titre, beaucoup de nos concitoyens nous diraient que ce n’est pas acceptable. À l’inverse, si nous nous concentrons uniquement sur les enjeux environnementaux, une autre partie de la population ne comprendrait pas plus. Il faut donc chercher les équilibres.  

Dans cette démarche, il ne faut pas oublier de caractériser l’agriculture. C’est une activité économique, certes, mais elle a pour fonction de remplir les bols, les verres et les assiettes, matin, midi et soir. Elle est au service des familles qui en vivent, mais aussi de l’ensemble de nos concitoyens, pour répondre à un besoin vital : se nourrir. Depuis une vingtaine d’années, on lui demande aussi de contribuer à la décarbonation, notamment des énergies. Et n’oublions pas que si on ne produit pas chez nous, on importera d’ailleurs. Ce qui pose également la question de la vitalité de nos territoires.

Il ne faut pas faire porter toute la responsabilité à l’agriculture : l’adaptation concerne tout le monde. L’agriculture doit mieux utiliser l’eau, certes, mais tous comme les ménages et bien d’autres secteurs économiques. L’effort doit être partagé, dans une logique de progrès collectif.