Bassin Adour-Garonne
Certains commencent à réaliser […] que sans eau, on ne fait rien.
#148
Mme Barbara Pompili, ambassadrice déléguée à l’environnement, répond à nos questions et apporte son analyse sur les grands enjeux de l’eau à l’international ainsi que sur les perspectives d'évolution.
Dans un monde marqué par les tensions, l’urgence d’une gouvernance efficace de l’eau peut-elle encore s’imposer comme une priorité dans le multilatéralisme international ?
Très clairement, aujourd'hui dans le cadre du multilatéralisme, la question de l’eau et de sa gouvernance n'est pas une évidence.
Parce que justement, comme c’est souvent le cas avec les questions environnementales, il y a d’autres priorités. Il y a les guerres, les famines… tous ces sujets qui passent en premier. Mais certains commencent à réaliser, notamment avec le changement climatique, que sans eau, on ne fait rien.
Il n’existe pas d’activité qui soit « sèche ».
Sur cette prise de conscience, certains pays sont un peu en avance, parce qu’ils sont habitués à avoir des problèmes d’accès à l’eau ou à l’assainissement. C’était moins le cas dans les pays dits développés, situés dans des zones tempérées. Toutefois, aujourd’hui, même dans ces régions, on se rend compte que, soudain on a trop d’eau. Puis, tout aussi brusquement, il n’y en a plus.... On doit faire face à des épisodes d’eau très polluée. Quand on veut développer des industries, des activités, cela pose un véritable problème. Par conséquent, même dans ces pays-là, on prend conscience qu’il y a un véritable sujet. Toute la question, maintenant, est de faire monter ce sujet en puissance auprès des décideurs internationaux.
La question de l’eau douce a longtemps été cantonnée aux marges des grandes négociations internationales sur le climat ou la biodiversité, peinant parfois à exister dans les débats
Oui, ça ne vous aura pas échappé : il n’y a pas de COP sur l’eau. Il y a la COP sur le climat, la COP sur la biodiversité, la COP sur la désertification, mais pas de COP sur l’eau. Pendant longtemps, il n’y a d’ailleurs pas eu de réunion des Nations Unies sur ce sujet.
Et puis, en 2023, après 50 ans de vide sur la question, s’est tenue la première conférence des Nations Unies sur l’eau depuis longtemps, ce qui a permis de relancer un peu les discussions. L’ONU a également nommé une envoyée spéciale sur l’eau, dont le rôle est justement de structurer et d’organiser ces négociations.
Une nouvelle conférence est prévue en fin d’année 2026. C’est le moment ou jamais de faire monter ce sujet et d’expliquer pourquoi il est essentiel, si l’on veut permettre le développement de tous les pays, de mettre la question de l’eau au cœur des discussions internationales.
Comment concilier des objectifs ambitieux en matière d’accès à l’eau avec la baisse des dotations de l’aide au développement et les réalités économiques des pays concernés ?
C'est un gros sujet de préoccupation aujourd'hui, l'aide au développement est en train de baisser très fortement dans les pays développés et les pays en développement vont se retrouver avec beaucoup moins d'apports. C’est une question que l’on essaie de prendre à bras le corps, en partant d’un principe simple : au-delà de la démagogie, y a-t-il un fond de vérité dans les critiques adressées à l’aide au développement ?
Et, il y a toujours un fond de vrai.
Les acteurs et les financeurs se parlaient trop peu. Chacun menait ses projets de son côté, avec peu de coordination, peu de cohérence, et parfois peu de retours d’expérience pour évaluer l’efficacité réelle des actions menées. Face à ce constat, plusieurs réflexions sont en cours, en France mais aussi chez d’autres bailleurs, autour de ce que l’on pourrait appeler des « plateformes pays ».
L’idée est de travailler en partenariat avec les pays et de les accompagner afin qu’ils puissent élaborer une stratégie globale de développement économique intégrant les enjeux de la biodiversité, du climat, de l’eau et les engagements climatiques et environnementaux.
Ensuite, il serait sans doute plus facile d’attirer les investisseurs, en leur présentant un plan décliné en projets cohérents, sur lequel plusieurs financeurs peuvent intervenir pour aider.
En créant cette cohérence, on repense l’aide au développement. On instaure un nouveau paradigme qui permettrait peut-être, en dépensant un peu moins, d’avoir plus d’efficacité et de vraiment démontrer l’utilité des actions menées.
Il ne faut jamais oublier que l’aide au développement ne consiste pas seulement à soutenir la croissance économique d’autres pays. Elle nous concerne aussi directement, car nous ne vivons pas dans un monde fermé ou isolé. Ce qui se passe ailleurs a des conséquences ici, comme ce que nous faisons chez nous a des impacts là-bas.